Je vous en parlais dans un article précédent : dans ma découverte du tissage, je me suis essayé à la fabrication de bandes de tissu. C’est très simple à faire et ne nécessite pas de métier.
En fait, pour faire une bande (comme pour tous les types de tissage) on a besoin d’une chaine tendue dans laquelle on fait zigzaguer un fil de trame. Dans ce cas, il suffit de tendre les fils de chaine entre deux points, sans se soucier qu’ils soient bien ordonnés : comme il y a relativement peu de fils, pas besoin de système compliqué pour qu’ils ne s’emmêlent pas.
Ensuite, pour faire passer les fils de trame dans la chaine, on ouvre cette dernière.
On peut utiliser des lisses comme sur un métier classique, mais ll existe une technique particulière, le tissage aux cartes, qui permet en prime de créer des motifs dans le tissu.
On fabrique des cartes carrées en carton, percées dans les coins. Les fils de chaine passent dans les trous. Quand on fait tourner les cartes, les fils de chaine changent de position, et on peut passer un fil de trame.
C’est l’ordre de rentrage des fils de chaine (dans quel trou et dans quel ordre) qui déterminera le motif. Il y a toute une technique compliquée pour préparer les cartes et le rentrage.
J’avais déjà tissé aux cartes en 2023 lors d’un voyage au Canada, mais sans métier. J’avais juste tendu mon ouvrage entre ma ceinture et une chaise. Cette manière de faire primitive (backstrap loom) date de l’age de fer, et peut être observée aujourd’hui dans des fêtes médiévales.
Ce qu’il me manquait désormais, c’était un métier qui me permette de tenir ces fils d’une manière plus élaborée.
Entre en scène : le Inkle loom
Inkle loom
Le inkle loom (en français il est aussi appelé le métier à Galon), c’est un petit métier qui permet de garder les fils tendus et de faciliter leur tissage.
Sur une charpente en bois, il y a des plots entre lesquels serpente la chaine.
Il n’y a en fait qu’une seule boucle de fils. Les allers-retour permettent de manipuler une grande longueur de fil dans un métier relativement compact.
Et quand on veut faire avancer le tissu, on peut faire avancer la chaine toute entière, jusqu’à avoir fait le tour complet du circuit
Conception
Contrairement à des métiers à tisser plus complexes, il est simple de conception et de fabrication. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai entrepris la conception et la fabrication de mon propre exemplaire :)
Pour le mien, je me suis basé sur des modèles de métiers vu en ligne, en particulier celui de Elewys of Finchingefeld.
J’aime bien son aspect rustique. Il donne l’impression de pouvoir durer 3 générations si besoin !
J’en ai donc dessiné ma propre version sur Autodesk Inventor :
J’ai pris en compte les dimensions des bruts de bois que je pouvais acheter chez Leroy Merlin. Ce qui fait qu’il est un peu plus mastoc que j’imaginais…
En voilà quand même le plan, à télécharger en PDF si vous voulez.
Fabrication
Armé de mon plan et d’un sac plein d’outils, j’ai commencé la fabrication de mon propre métier Inkle.
Je me suis lancé le défi d’utiliser au maximum des outils manuels, pour apprendre la menuiserie classique (tenons, mortaises, rabots et ciseaux, tout ça). Et puis comme je veux qu’il dure longtemps, j’ai décidé de le fabriquer en chêne.
Je n’ai pas mon propre atelier, mais j’ai été invité par Valentin & Marie à utiliser le leur. Merci !
Merci à Valentin & Marie de m’avoir prêté un espace de bricolage pour mon projet !
J’ai utilisé une lame de rabot pour débiter le bois… Pour ma défense, je n’avais pas de ciseau à bois qui convenait, à ce moment-là.
Ce petit rabot aura été très utile par ailleurs ! Je pense que la leçon la plus importante aura été d’apprendre à aiguiser ses outils correctement, et souvent ! Un ciseau ou un rabot qui ne coupent pas sont une horreur à utiliser.
Du solide, mais pas du facile à faire : assemblages à mi-bois, réalisés aux outils à main
Au bout d’un temps bien plus long que j’imaginais, j’ai enfin toutes les pièces nécessaires. Le temps nécessaire à la fabrication de ces pièces est inavouable (il se compte en semaines).
L’assemblage final a été un moment de bonheur après toutes ces heures à ajuster les pièces !
De là, je l’ai ourdi et j’ai commencé à tisser une petite bande de test, juste pour voir.
Je suis super content du résultat ! Je trouve que c’est un bel objet, et il est aussi robuste que je le voulais.
J’ai appris plein de nouvelles techniques en le fabriquant, et ça aura été des bons moments de bricolage.
Evidemment, il y a quelques petites choses que je changerais si j’avais à en refaire un autre, comme l’épaisseur du bois (c’est énorme, en fait), ou la fixation à la table qui n’est pas simple.
Dans un prochain article, je parlerai du premier tissage que j’ai fait dessus.